Juste avant la pandémie du coronavirus, on ne comptait plus le nombre de sommets internationaux qui préconisent le développement de la coopération avec l’Afrique : Chine, Japon, Grande Bretagne, etc. ;  Même Tunis en a accueilli un, sous l’égide des Etats Unis. C’est comme si l’heure de l’Afrique avait sonné.

Derrière cette agitation mondiale, figure la ZLECA, zone de libre échange continentale africaine, lancée le 7 juillet 2019 à Niamey au Niger, en présence de 4500 délégués et une centaine de ministres africains, et qui prétend unir 54 des 55 pays du continent ( l’Erythrée ayant suspendu sa décision), dans un vaste ensemble commercial unifié.

L’objectif  de la ZLECA, est de permettre à l’Afrique qui compte 1.2 milliard de consommateurs,  de s’imposer à l’échelle mondiale. Il s’agit en réalité, de la plus grande avancée vers l’intégration de l’Afrique depuis la fin du colonialisme car elle promet de révolutionner de fond en comble, la manière dont les pays africains commercent entre eux.

Concrètement, elle prévoit de supprimer les tarifs douaniers sur 90% des produits échangés (6% aujourd’hui), mais aussi de simplifier les procédures au passage des frontières, sans parler d’un important volet réglementaire pour unifier les normes. 

Ce processus est sensé booster le commerce intra-africain avec en arrière plan, la volonté de réduire la dépendance du continent aux importations étrangères et de stimuler le développement d’industries locales. Le tout devant doper la croissance des économies et augmenter le bien être des populations.

L’Union Africaine compte ainsi que la levée des contraintes qui nuisent aux échanges permette une augmentation de 60% du commerce intra-africain d’ici 2022.

Actuellement, les échanges entre pays africains dépassent à peine 15% du total. Ce qui est très peu si l’on considère que le commerce entre pays membres d’un même espace représente 70% dans l’Union Européenne, 60% en Asie du Sud- Est et même 20% en Amérique Latine.

En même temps, les pays africains voient les portes des marchés développés se refermer et que les grandes puissances s’imposent dans une mondialisation des échanges dont l’Afrique est singulièrement absente. D’où cette conscience des dirigeants africains de l’obligation de s’unir pour espérer revenir dans la course mondiale.

Ce qui est sûr, c’est que la signature de la ZLECA a donné une forte dynamique à la normalisation africaine, en particulier dans les domaines de l’agriculture et de l’agroalimentaire et a renforcé l’intérêt des institutions africaines et internationales pour l’ORAN, l’Organisation Régionale Africaine de Normalisation, et ses programmes qui couvrent l’ensemble des fonctions de l’infrastructure de la qualité : normes , essais et analyses, certification de la conformité, accréditation des institutions spécialisées.

La Chine, les Etats Unis, le Royaume Uni via le Commonwealth et bien sûr la francophonie, se pressent désormais auprès des pays africains. Ainsi, l’ISO est pour la première fois de son histoire, présidée par un Africain. Eddy Njoroge, élu pour un mandat  de trois ans (2020/2022) est un entrepreneur expérimenté du Kenya, possédant une solide expérience du monde de l’entreprise et du secteur financier. Signal fort des grands de monde, de leur volonté de renforcer la place du continent africain dans la normalisation internationale, où se crée le consensus à travers la planète sur les règles techniques des échanges.

Aussi, Eddy Njoroge a –t’il la ferme intention de faire porter les priorités de l’ISO sur les pays en développement (PED) en les faisant profiter de la convergence entre filières technologiques qu’offrent le numérique et l’intelligence artificielle pour créer des solutions globales comme c’est le cas pour les énergies renouvelables ou encore les villes intelligentes. Concrètement, il s’agit de promouvoir des structures de travail communes à l’instar du célèbre JTC1, Comité Technique de l’ISO créé à la fin des années 80 et dédié aux technologies de l’information et qui réunit les efforts des trois organismes internationaux de normalisation : l’ISO, la CEI spécialisée dans la normalisation des industries électrotechniques et l’IUT qui standardise les télécommunications.

Il se dit également préoccupé par la nécessité des instituts de normalisation des pays en développement, de gagner la reconnaissance de leurs propres pouvoirs publics, comme courroie de transmission des technologies promues par l’ISO.

Maintenant que la crise du coronavirus ait mis un bémol à cette stratégie africaine, l’économie ayant laissé la place aux politiques de sauvegarde de la santé publique des citoyens dans le monde entier, que deviendrait ce rêve africain porté par tant d’économies naissantes ?

Ce qui est sûr, est que cette crise mondiale a mis à mal la chaîne internationale d’approvisionnement et levé un pan sur la dé-industrialisation galopante  des pays aussi bien en développement que des pays riches. L’après coronavirus, s’accompagnera certainement d’une conscience nouvelle des pays de la nécessité de développer leurs propres industries et leurs propres recherches scientifiques, comme condition de vie ou de mort.

La ZLECA qui s’inscrit dans un processus d’industrialisation de l’Afrique constitue désormais, la réponse idoine aux interrogations des opérateurs économiques africains.

 La convoitise des superpuissances est plus exacerbée par la crise du coronavirus, en témoignent les aides médicales structurées de la Chine aux pays de l’Union Africaine sans exception, qui passent désormais par Addis-Abeba,  siège de l’Union. L’Union Européenne a acheminé quelques aides en Centre Afrique et les Etats Unis en perte de vitesse sur ce plan, tentent sans grand succès, d’exercer une influence sur la politique de la BAD (Banque Africaine de Développement).

Le rêve du marché unique africain trouvera certainement les mécanismes de sa réalisation dans ce nouveau contexte qui freine la mondialisation et le règne sans partage des grandes puissances.

Pour en faire partie,  la Tunisie qui brille par son absence de ce processus, devrait hâter le pas, booster sa normalisation, déployer ses experts au sein des comités techniques de l’ORAN pour défendre ses intérêts, recadrer son positionnement stratégique et se rappeler que des siècles durant, elle s’appelait Africa.

Mai 2020- Sources : ISO Focus 138, Enjeux Mars 2020, www.arso-oran.org

Marché Unique Africain : Rêve ou fiction ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *