Le comité technique JTC 1, commun entre l’ISO (Organisation Internationale de Normalisation) et la CEI (Commission Electrotechnique Internationale), vient de lancer un important chantier normatif  avec la mise en place d’un sous-comité spécifique, le SC 42 : Intelligence Artificielle.

Déjà, la norme ISO/IEC 2382, élaborée en 2015, fournit une définition de l’intelligence artificielle à savoir, la « capacité d’une unité fonctionnelle à exécuter des fonctions généralement associées à l’intelligence humaine, telles que le raisonnement et l’apprentissage ».

L’intelligence artificielle, IA,  se développe depuis les années 50 dans l’industrie avec l’avènement de la robotisation, mais l’essor des solutions IA de ces dernières années est lié au fort développement du « Cloud computing », à la multiplication des données et à des algorithmes de plus en plus sophistiqués.

A noter que les travaux normatifs relatifs au « big data » ont d’ailleurs été récemment rattachés au SC42.

Les normes internationales élaborées par le JTC 1/SC 42 devraient donc clarifier :

  • Les fondamentaux de l’IA (concepts, définitions, cadre d’architecture, cas d’usage…) ;
  • Les composants caractéristiques de l’IA (algorithmes, données, apprentissages, validation,..) ;
  • Les méthodes et techniques permettant de développer des solutions d’IA optimisées (filtrage de données, choix des algorithmes, robustesse et précision des modèles…)

La première réunion a eu lieu à Pékin en avril 2018 et donnait l’impression que tout s’organisait dans une sorte de duo pôle Chine-Etats Unis, GAFAMI contre BATX, les géants du web. D’un côté : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, IBM et de l’autre : Baidu, Alibaba, Tencent et Xiomi.

Les enjeux de l’IA pour la souveraineté des pays n’est plus à démontrer. Ainsi, l’Union Européenne a-t-elle adopté le 25 avril 2018 un plan pour le développement de l’IA. De même, dans son rapport « Donner un sens à l’IA – pour une stratégie nationale et européenne » publié en mars 2018, le mathématicien français et député Cédric Villani, recommande la normalisation comme une démarche qui doit consister à réduire les phénomènes de monopole et les logiques d’enfermement.

Il s’agira en particulier, dans une démarche proactive et coordonnée, d’établir et d’imposer des normes d’interopérabilité non propriétaires, ainsi que des solutions locales pour les dispositifs producteurs de données personnelles et non personnelles.

Dans ce contexte, la normalisation ne saurait se concevoir sans des liens très étroits avec l’ensemble de l’écosystème : recherche, industrie, innovation.

Aussi l’ISO compte 3166 normes relatives aux technologies de l’information dont 504 en collaboration avec l’IEC, dans le cadre du JTC1. Environ 534 projets de normes sont en cours  d’élaboration avec la participation de 32 pays. Vingt deux sous comités de la JTC1 sont en action, les tous derniers étant dédiés au Management des services et de la gouvernance des IT, à l’Internet des Objets et à l’Intelligence artificielle.

En Tunisie, l’INNORPI a crée la  commission technique nationale miroir, la CT73 : Technologies de l’information dès 1986. Lorsque la JTC1 a été crée en 1987, il y a eu une adhésion totale à ses travaux. A l’époque les normes et les projets étaient envoyés par l’ISO, par pli postal, gratuitement.

Le gouvernement (par le biais de son ministère de l’économie) mettait la normalisation au cœur de sa stratégie industrielle et économique comme moyen à sa portée pour acquérir les nouvelles technologies et alimenter la réglementation du marché.

Une élite a été ainsi formée au contact de la JTC1 au Centre National d’Informatique, à Tunisie Télécoms, aux différentes administrations et par la suite au ministère des communications, permettant  au pays d’avoir accès aux dernières technologies pour implémenter les infrastructures et acquérir les compétences nécessaires et éviter les technologies obsolètes.

La CT 73, compte aujourd’hui 1010 normes relatives aux technologies de l’information. Une première révision a eu lieu en 2005/2006 et a touché la plupart des normes et une seconde révision a été opérée en 2012 sur environ 8% des normes relatives à la sécurité des systèmes informatiques et au management de la sécurité.

Pour être à jour et combler le gap des 2000 normes ISO et profiter du nouvel élan de la JTC1 pour cadrer les technologies les plus récentes, il faudra :

  1. Renouer avec la JTC1 et participer à ses travaux,
  2. Organiser la demande en normes au sein d’un Comité Stratégique qui réunit les principaux utilisateurs : Télécoms, Banques, Assurances, Logistique, entreprises, start up…etc,
  3. Développer la formation sur les normes et projets en cours et soutenir leur adoption par les différents acteurs économiques.

A défaut de cette approche, le risque de rater définitivement le train de l’Intelligence Artificielle est trop fort. Il en va de même de la capacité du pays à envisager la libéralisation globale de son industrie et services.

10 octobre 2018

Sources : www.iso.org; www.innorpi.tn; www.enjeux.org

 

 

 

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : Pour renouer avec le comité de l’ISO, le JTC 1 !

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